Centre d'Étude du Futur

Articles de réflexion

De la Postmodernité à la «  Société Liquide »

Avant-propos

Nous présentons ici divers “billets” d'Humeur, où la Colère, le Dépit et la Tristesse peuvent prendre le masque de la farce. De l’Humour aussi. Les virages, sans crier gare d’un plan de réalité à un autre, ordonnés par l’exercice choisi, à savoir de vision «kaléidoscopique », peuvent importuner certains lecteurs attachés à la présentation classique propre aux articles de réflexion. 

Rappelons qu’il s’agit ici simplement  de «  billets » d’Humeur; «Castigat ridendo mores » comme on le lisait sur la toile du Théâtre d’Arlequin.  "C’est par le rire que l’on corrige les mœurs".

Nous y embarquons également des vignettes d’Histoire contemporaine mettant en relief les changements intempestifs qui se succèdent aujourd’hui dans la vie courante et dans les médias et qui ne manquent pas de nous interpeller.

Face à des situations qui varient chaque jour, nous sommes amenés à jongler avec des évènements  d’intérêt tantôt planétaire, tantôt local qui émergent à un moment donné et qui par après,  s’écoulent aussi vite qu’ une vague chasse l’autre à la surface de ce que, il y a peu, l’on appelait «  la Société postmoderne » ou mieux encore, avec Marc Augé, l’ère de la « Sur-modernité ».

Pourquoi ne pas parler plutôt avec le philosophe et sociologue Zygmunt Bauman du passage à la « Société Liquide ».  Vu l’importance croissante des thèses de ce dernier et de leurs prolongements, il nous a paru utile d’y consacrer un article de réflexion.

Lire la suite...

Srî Aurobindo ou le « Posthumanisme Supramental »

 

Le grand mérite du Transhumanisme est de forcer l’Homme à s’interroger, à frais nouveaux, sur sa nature, sa destinée, et sa responsabilité dans son devenir. Il avait cru, jusqu’à présent, pouvoir définitivement se ranger dans la catégorie des « êtres de finitude », sans s’interroger sur l’instance qui, en lui, le définit ainsi et l’enchaîne aux limites spatio-temporelles de la matière et de la raison pure, quand elle ne l’identifie pas simplement à un animal politique, à peine plus évolué que son cousin, le grand singe. Mais voici que le Transhumanisme, à la faveur du progrès technologique et de la révolution NBIC, reconduit l’esprit de l’homme à ses attentes les plus folles et ses espérances les plus anciennes, comme celle de se faire l’égal de Dieu ou celle d’une éternité corporelle possible, comme dans l’épopée de Gilgamesh ou dans le dogme chrétien de la Résurrection de la chair. Tendu asymptotiquement vers cet Absolu, l’homme n’a eu de cesse, tout au long de son Histoire, de faire « descendre » au sein même la matière cette Idée suprasensible, en des rites et des organisations sociales censés s’ajuster au plus près de cette Intuition première, de nature transcendantale.

Mais qu’est-ce donc cette intuition fondamentale, cette exigence première de la pensée humaine, que ni la raison pure, ni le développement exponentiel de la Science Moderne, n’ont pu éradiquer de l’esprit de l’homme ? Nul ne le sait. Et nul ne le prend réellement au sérieux, si ce n’est pour le critique et évoquer immédiatement l’hybris grecque. Pourtant, comme le signalait Gilbert Hottois, le processus d’hominisation est traversé par un « vecteur d’abhumanité » qui préside à son déploiement et son évolution. Il se présente comme une dynamique interne à l’Humain qui oriente son devenir vers une « sortie » de sa finitude, en direction d’une Humanité « plus qu’humaine », un « trans-humain », un « post-humain ».

C’est en ce sens que le transhumanisme nous oblige à reconsidérer la notion de « finitude » pour notre Humanité et à réintégrer cette Idée folle d’une éternité possible, même pour la Matière. Mais force est de constater qu’il n’est que peu de philosophes en Occident, et même de théologiens pourtant familiers de l’idée de la Résurrection de la Chair, pour prendre au sérieux cette Idée qui pourrait être, en définitive, une authentique révélation de la nature même de la Matière et de sa destinée ultime. Revisiter cette hypothèse fondamentalement chrétienne et la présenter comme l’ultime alternative plausible à la visée transhumaniste, voilà ce qui me semble impératif pour notre temps. Car il est inimaginable que l’Homme reste en l’état dans les siècles et millénaires à venir. Son évolution se poursuivra inéluctablement. Il nous faut donc penser son devenir.

Afin de repenser cette thèse chrétienne, nous allons faire un détour par l’Inde et découvrir un penseur, Srî Aurobindo, qui partage une thèse assez semblable. Ce que l’Occident chrétien n’ose plus penser, enfermé dans le paradigme matérialiste, l’Inde mystique le pressent dans son expérience et sa réflexion spirituelle. Pour le comprendre, il nous faudra d’abord considérer très succinctement les différents yogas de la tradition hindoue dont Aurobindo fera la synthèse. Ensuite, nous présenterons ce que l’auteur appelle l’Être Supramental, et que j’ai nommé « le Posthumain Supramental ». Enfin, nous terminerons par quelques remarques en forme de conclusion.

Lire la suite...

                                                      Pièges

           

            Pauvres de nous les « chiens-de-charrette! Voilà bien une expression populaire qui n'a plus cours. Pourtant, celle-ci fut en vogue durant de longues années.

Elle signifiait que l'on avait à subir une épreuve. Mais, les mots suscitaient des sourires entendus: avant tout, il s'agissait d'une plaisanterie. Seuls, les vieux ouvriers ne riaient guère. Eux avaient connu cette époque où régnaient des conditions d'existence très dures. Et, en ce temps-là, le sort des humbles approchait celui des bêtes.

 

            Une charrette se tractait avec l'homme entre les brancards, et un ou deux chiens sanglés au garrot. Les petits légumiers, laitiers, charbonniers, chiffonniers, ... ne pouvaient s'offrir les services du cheval. Le chien par contre, s'achetait pour un prix moindre, mangeait n'importe quoi, dormait à même le sol. Son aide s'avérait précieuse quand on exerçait le métier d'ambulant.

L'homme et l'animal peinaient de concert, aux seules fins de transporter un modeste mais pesant négoce. Car on chargeait au maximum, évitant ainsi d'inutiles voyages en réapprovisionnement. L'équipage avançait donc avec difficulté, dans un tintamarre d'enfer. Les roues cerclées de métal se mouvaient sur des pavés inégaux, parmi des rues défoncées, escarpées, interminables.

Longues aussi étaient les journées, et le parcours devenait plus pénible encore quand survenaient le gel ou la canicule. Tant d'efforts cependant, ne procuraient que peu de profit. Lorsque des pauvres ont d'autres miséreux comme clients, ils peuvent tout au plus assurer leur survie.

 

            L'évolution scientifique et sociale, transforma la charrette en élément de notre folklore. Un camion, une camionnette se montraient des outils autrement performants, beaucoup plus rentables. En outre, le petit commerce péréclita, au bénéfice des magasins. Il y eut bien quelques irréductibles de la « carriole-à-chien » qui s'obstinèrent. Mais, les amis des animaux protestèrent vigoureusement. A leur demande, une loi fut votée. Les attelages canins devinrent prohibés.

Disparurent de nos villes, ces chiens haletants, épuisés qui, parfois, agonisaient dans le caniveau sous les yeux des passants.

Lire la suite...

Charles Darwin (1809-1882) et l’évolutionnisme

 

Très tôt, Charles Darwin se signala par ses qualités d’observateur et sa passion pour la collection[1]. Élève très moyen, faisant même la honte de son père Robert Darwin[2], il ne dut sa réussite professionnelle qu’à ses qualités personnelles et à la rencontre avec le professeur Henslow, professeur de botanique à Cambridge, qui orienta de manière décisive sa carrière scientifique[3]. Ce qui devait marquer le jeune étudiant était sa « vaste connaissance en botanique, entomologie, chimie, minéralogie et géologie », mais également, et peut-être davantage encore, le fait qu’« il aimait par-dessus tout tirer des conclusions à partir d’observations minutieuses étalées sur une longue période de temps. »[4] C’est de la même manière que procèdera Charles Darwin dans ses propres recherches. En outre, c’est le Pr Henslow qui l’informa que «le capitaine FitzRoy souhaitait céder une partie de sa propre cabine à un jeune volontaire désireux de participer, comme naturaliste et sans traitement, au voyage du Beagle »[5] du 27 décembre 1831 au 2 octobre 1836. Il fut donc à l’origine de l’expédition autour du monde qui devait être décisive dans la future carrière scientifique du jeune chercheur et devait faire de lui le père de la théorie de « l’évolution des espèces » et de « la sélection naturelle. »

Lire la suite...

Du SAPIENS NOUVEAU  VERS LE DÉMENS FUTUR ?  PREMIÈRE ESCALE

 

Une trop lourde charge d’humeur même habitée d’un humour bien tempéré m’amènant à reléguer aux oubliettes- à titre temporaire, la dure réalité  de l’actualité mondiale….(Air connu :« Dallas ! Ton univers impitoyable-able ») , embarquons  pour une longue croisière  sur le “Présent liquide”  de notre société, telle que la présente  Zygmunt Bauman depuis plus d’une décennie.

 

Et si nous partions à la rencontre d’autres univers paralléles plus” cool”. ?.Faisons escales, par exemple, dans celui de la Bande Dessinée. Où chacun, quels que soient sa couleur, son sexe, ses convictions, a son droit d’entrée de 7 à 77 ans, ou plus  ( si non-valétudinaire ou cacochyme, bien entendu).  Il ne nous en coûtera guère d’y trouver tout simplement matière à enjoliver l’un ou l’autre de ces dramatiques évènements « rouges »(bonnets),  « bleus »( casques)  ou « jaunes ». (gilets) qui ponctuent nos journées, tout en les laissant évoluer au gré des  images   palpitantes qui ont pu nous émouvoir en ces temps-là et qui nous donneront  l’occasion de  développer quelques idées inattendues, en toute liberté d’inspiration..A condition cependant de laisser momentanément vaciller notre paradigme familier d’intelligibilité du réel et de consentir à entrer  dans un monde parallèle, de l’autre côté du miroir d’Alice- pour dire les choses plus simplement.

Lire la suite...

            Lorsqu'il perçut la présence de l'homme, le chevreuil se figea aussitôt. Trop tard! La flèche l'atteignit en pleine poitrine, produisant un son mat. L'animal vacilla un instant, comme s'il tentait de rétablir son équilibre, mais ses pattes se dérobèrent. Étendu sur le sol, quelques soubresauts l'agitèrent, avant l'immobilité définitive.

Le chasseur, s'approcha d'un pas silencieux. Puis, un genou en terre, il s'inclina sur sa proie, tendit le bras jusqu'à toucher les poils drus. Alors, il prononça les paroles rituelles « Pardonne-moi de t'enlever ainsi à la vie. Mais, les miens ont besoin de viande pour éloigner la maladie et la mort ».

Lire la suite...

    Solidement installé dans ce XIXème siècle autoritaire, l'honnête homme évoluait avec arrogance, parce que sûr de ses droits. Évidemment, il dirigeait sa famille avec une poigne de fer. Chez lui, régnaient la discipline, les « bonnes manières », le respect des lois et des commandements religieux. Bien entendu, son épouse se conformait à la condition sociale imposée aux femmes. Aussi la voyait-on cultiver ces vertus de la féminité d'alors: obéissance, humilité, discrétion.

Lire la suite...

         L'hôtel Fairmont étale son grand luxe sur les hauteurs de San Francisco. Un cadre prestigieux, dans lequel se déroula, en septembre 1995, une conférence particulièrement discrète. Derrière ces murs, s'étaient rassemblées les 500 plus grandes sommités internationales, provenant d'horizons très divers.

Le monde politique se voyait largement représenté. Et quelques tribuns-vedettes tels Margaret Tatcher, George Bush père, Mikhaïl Gorbatchev, attiraient tous les regards. Mais la finance, la science, les multinationales, l'industrie, présentaient aussi nombre de célébrités.

Lire la suite...

En 1099 de notre ère, Godefroy de Bouillon et ses croisés perçaient les défenses de Jérusalem. Dès cet instant, commençait le martyre de la ville. En quelques jours, la chasse aux « païens » fit périr 60.000 hommes, femmes, enfants. Selon les chroniqueurs médiévaux, les égorgeurs chrétiens pataugeaient dans le sang, parfois répandu jusqu'au niveau des chevilles! Lorsque ce massacre prit fin, les « combattants de la vraie foi » entonnèrent des cantiques. Ils louaient ainsi la bonté de leur dieu, le remerciaient pour une si totale victoire. L'amour évangélique prôné par Jésus-Christ, accouchait d'un carnage!

Lire la suite...

Quoi de plus instructif que de consulter les offres d'emploi. Quoi de plus étonnant aussi! Le néophyte qui parcourt ces propositions d'embauche insérées dans nos journaux, ne manque guère de surprises. Dans les pages spécialisées s'étalent ainsi maints placards réclamant des battants, des vainqueurs, des combatifs, des ceux-qui-en-veulent, des ceux-qui-ignorent-la-défaite, des ceux-quichaque-jour-veulent-relever-un-défi, ...
S'agit-il, par le biais de telles annonces, de recruter des paras, des commandos, des baroudeurs pour quelque expédition militaire? Que nenni! Le lecteur attentif de cette prose martiale, constate très vite que les guerriers sollicités ne doivent nullement se présenter comme experts en grenades ou mitrailleuses. Ce n'est pas à Rambo que l'on propose un job, mais bien aux financial controler, full supervisor, project analyst, district sales manager, product engineer, data base administrator et autres account executive.
On recherche ici des spécialistes en belligérance boutiquière, des gradés prompts à mener leurs escouades à l'assaut du Marché. Car, pour ceux qui l'ignorent encore, nous sommes en guerre. Et celle-ci est économique autant que planétaire.

Lire la suite...

            C'est un vieux sage qui m'avait raconté la fable. En ce temps-là, me disait-il, il y a très, très longtemps, le corps humain fonctionnait particulièrement mal. Certains de ses éléments voulaient imposer leur loi à l'ensemble. Et, pour régner tel un souverain sur ses sujets, chaque organe vital vantait ses mérites propres. Il fallait convaincre, afin de rallier une majorité à sa cause.

            Le cerveau bien sûr, possédait de bons arguments à faire valoir:
 
-  « Ces querelles pour l'hégémonie sont ridicules. C'est moi le chef, et ceci apparaît comme l'évidence même. Je pense pour vous tous, je ... » 

Il fut brusquement interrompu dans sa plaidoirie. Le cœur ne pouvait se retenir davantage, et criait à présent son indignation:

Lire la suite...

C'est en Angleterre que se développa une pensée des plus originales, mais aussi des plus funestes pour l'appréhension totale et intégrale de l'existence humaine. L'ensemble de la pensée occidentale en sera marquée à jamais jusqu'à nos jours où l'on assiste à une véritable britanisation de la pensée à l'échelle planétaire.

Lire la suite...

Mercredi, 26 octobre 2016

Followers débutants, présents et à venir, salut ! « L’heure est venue de s’enivrer » …

Est-elle enfin venue, l’heure de s’enivrer ? L’heure de répondre à la question ; « L’univers a-t-il un sens ? » L’heure que nous annonçait cet infatigable scrutateur du firmament, notre ami Hubert REEVES, il y a tout juste trente ans…déjà ? Tempus fugit ! Oui, c’est l’heure ! N’écoutez pas l’abominable trouble-fête, Richard DAWKINS, qui ne cherche qu’à nous provoquer en rétorquant : « pourquoi l’univers devrait-il avoir un sens ? ». De toutes façons, nous savons tous que l’Univers est muet, qu’il ne nous dira rien, en tout cas pas plus clairement que Sgnarelle expliquant à Géronte ce qui fait que sa fille est muette. Nous avons eu beau, durant ces trois dernières décennies, labourer en tout sens la noosphère, solliciter la créativité cosmique et artistique, nous ne sommes pas certains d’avoir pu dépasser l’amphigouri moliéresque sur la question du sens.

Lire la suite...

§ Face au défi des biotechnologies, votre collectif prétend se soucier de l’homme dans sa globalité. Cependant, vous vous opposez au transhumanisme et à la pensée matérialiste. C’est donc que vous croyez à quelque transcendance. C’est pourquoi votre démarche s’en trouve singulièrement orientée.

O Notre groupe envisage l’homme sous ses multiples aspects. Le phénomène religieux fait évidemment partie de cette recherche. Il convient donc de s’interroger, entre autre, sur la compatibilité entre la foi et ces nouvelles sciences du vivant.

Lire la suite...

Une naïveté certaine me fait adhérer aux théories simples. Par exemple, il me semble que la vie favorise la diversité des êtres vivants. Et, que l'espèce humaine cultive en son sein cette profusion de formes. Je veux dire ici qu'il m'arrive de rencontrer des gens peureux comme les lapins, rusés comme les renards, méchants comme les teignes. Mais, surtout, je constate que l'on peut départager sommairement les humains en trois grandes entités distinctes: les « bêtes de troupeau », les « animaux de meute », les « félins singuliers »

Toujours aussi simpliste dans mes observations, je m'aperçois que la plupart des groupes sociaux qui se sont constitués jusqu'à présent, ont pratiqué l'élevage intensif de la première catégorie. On trouve en effet, une majorité de bêlants, en tous lieux, en tous temps.

Bien heureusement, ma modeste démarche empirique se trouve confortée par la recherche universitaire. Ainsi, dès 1960, l'expérience de Milgram nous apprenait que la majorité des individus se soumet sans réserve au pouvoir. Un léger conditionnement suffit, pour obtenir une obéissance quasi totale.

Il semble que ce phénomène ne soit pas neuf. Déjà, en l'an 1550, et dans son Discours de la servitude volontaire, La Boétie s'étonnait d'une telle soumission du grand nombre.

Mon hypothèse semble donc pertinente: beaucoup d'humains apparemment raisonnables se conduisent en authentiques moutons.

Lire la suite...

Nous terminions notre dernier article en nous demandant comment avait pu émerger, dans l’histoire de la pensée occidentale, le projet de « déconstruire » l’homme et, corrélativement, la volonté de le « reconstruire » par la technologie. Comment l’homme est-il devenu pour lui-même une simple « machine » dont la mécanique peut être réparée, voire, dans un avenir relativement proche, augmentée ? Comment la complexité de l’homme a-t-elle pu être à ce point réduite et simplifiée ? Et j’avançais l’hypothèse que l’origine de cette pensée se trouvait chez le philosophe René Descartes (1596-1650). C’est ce que je me propose de vérifier avec vous dans cet article.

Il est des évènements dans la vie d’un homme qui marque à jamais le cours de son histoire. Et lorsque ces évènements ont une portée collective, elle peut engendrer une révolution radicale du mode de pensée, signe avant-coureur d’une nouvelle ère culturelle. Tel fut certainement le cas de « l’affaire Galilée », ce scientifique italien condamné par le tribunal ecclésiastique de Rome en 1633 pour avoir ratifié empiriquement et mathématiquement le nouveau modèle cosmologique de Nicolas Copernic (1473-1543) : l’héliocentrisme. Cette révolution copernicienne destituait la Terre de sa position centrale dans l’Univers et remettait en cause la vérité des Saintes Écritures1 de même que le statut hégémonique de l’homme au sein de la Création : la Terre n’étant plus le « centre » de la Création, comment l’homme pouvait-il en être le « sommet », image et ressemblance de Dieu ?

Lire la suite...

   L’idéologie transhumaniste progresse à une vitesse vertigineuse et fait des émules partout dans le monde, jusque parmi nos élites politiques (Jean-Luc Mélanchon en France, Zoltan Istvan, candidat transhumaniste à la dernière élection américaine), nos intellectuels philosophes (Luc Ferry) et scientifiques (Laurent Alexandre qui vient de se déclarer, en octobre dernier, favorable au transhumanisme). Il est assez déconcertant de constater combien toutes ces personnalités, au demeurant très intelligentes, décrivent avec une naïveté quasi désarmante les bienfaits de la convergence NBIC (la convergence des Nanotechnologies avec la Biologie, l’Informatique et les Sciences Cognitives qui devra permettre, à terme, de numériser l’ensemble du corps humain pour substituer au corps biologique, un corps numérique à l’individu et lui permettre de vivre indéfiniment en bonne santé).

Lire la suite...

Comme nous l’avons compris des précédents articles, le transhumanisme se signale par une confiance singulière, une foi indéfectible, dans les vertus et la toute-puissance de la technologie. Rappelons-nous l’affirmation sans ambages de cet industriel retraité, rencontré en novembre dernier, lors du colloque « Transvision 2014 » à Paris : « On a déjà tout essayé dans l’histoire de l’humanité et tout a échoué : les religions, les philosophies, les politiques. Rien n’a pu empêcher les guerres et les injustices dans notre monde. Or nous avons la possibilité, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de changer l’homme et d’être maître de notre destin ! » D’instrument d’exploitation du monde, dans une vision moderniste cartésienne, à un outil de transformation de l’Homme, dans une visée transhumaniste, la technologie est en passe de devenir, pour nombre de nos contemporains, l’unique voie de salut pour notre humanité en perdition, incapable de réfréner ses passions et de se hisser à la hauteur de ses prétentions, de ses idéaux. Pour éviter ce « clash » international inéluctable (politique, économique, social, environnemental), sans pour autant modifier notre être-au-monde consumériste, jouisseurs invétérés nous sommes prêts à opérer insidieusement la transition d’une « technophilie » vers une « technolâtrie ». Faisant fi du travail personnel lent et laborieux, inhérent à toute évolution psycho-spirituelle, nous sacrifions à la « Technique », sur l’Autel de la Science matérialiste, notre responsabilité dans la maitrise de soi et dans notre propre destinée. Ce fait radicalement neuf dans toute l’histoire de l’évolution humaine, où, de simple « moyen d’exploitation », la technique se mue en « idole » à laquelle nous sacrifions notre part d’Humanité la plus noble (le principe de responsabilité), augure d’un changement sociétal dans notre rapport à l’outil qu’il nous faut aujourd’hui interroger.

Lire la suite...

Dans l’article précédent, nous avons considéré le rôle indéniable qu’a joué René Descartes dans la scission des Sciences et de la Théologie qui orienta tout le devenir de la pensée occidentale. Ce n’est pas pour rien que l’on parle d’une « révolution copernicienne » à l’endroit de la « pensée cartésienne », signifiant par là le tournant qu’opéra l’Occident, au XVIIème siècle, dans sa manière d’appréhender le monde. La nouveauté ne réside pas essentiellement dans l’utilisation de la rationalité elle-même, celle-ci existait déjà dans l’avènement de la philosophie grecque (le tournant socratique avec Platon) et chez des auteurs comme St Augustin ou St Thomas d’Aquin pour ne citer que les plus connus, mais dans l’utilisation inédite des mathématiques (la mesure et le calcul) jointe à la nécessité d’une expérience empirique pour appréhender les lois de la Nature. Pour la première fois dans l’histoire de la pensée, l’approche philosophique et métaphysique ne servait de rien dans la compréhension de la réalité matérielle. Néanmoins, dans le système méthodique développé par Descartes, comme nous l’avons vu, nos sens pouvant nous tromper (le doute hyperbolique), la réintégration d’une dimension métaphysique, le Dieu véridique et bon de la Révélation qui ne pouvait permettre que l’homme se trompât lorsqu’il cherchait à déchiffrer les vérités éternelles inscrites au cœur de la Nature, était nécessaire pour garantir la véracité de nos connaissances. En d’autres termes, une pensée cartésienne fidèle à son origine devrait reconnaitre une dimension transcendantale en l’homme qui fonde son acte de connaissance en vérité. En l’homme, une dimension « immatérielle » (la pensée) coexiste avec une dimension corporelle, matérielle (l’étendue). Un dualisme s’instaure et fonde la séparation entre ce qui est appréhendable par la mesure (l’étendue matérielle qu’étudient les Sciences) et ce qui l’est uniquement par la pensée (les vérités éternelles qu’étudie la Théologie). Ce dualisme, ou cette dichotomie des connaissances, va engendrer le problème central de la philosophie occidentale divisée à jamais entre deux réalités irréconciliables : la réalité matérielle, mécanique, et la réalité spirituelle, métaphysique, ou la Science et la Foi, pour le dire simplement. Avec Descartes, l’équilibre des périodes précédentes sera à jamais rompue, soit que l’on nie ou minimise les vérités scientifiques, soit que l’on fustige les discours théologiques. L’articulation entre les deux semble à jamais appartenir à un passé révolu, celui de l’enfance de l’humanité, le progrès de l’esprit humain ne pouvant que se départir d’une telle articulation magico-mythologique caractéristique du monde de l’enfant. La période actuelle, qui s’oriente résolument vers le transhumanisme, en est incontestablement le résultat le plus abouti.

Lire la suite...

Remontant aux sources du Transhumanisme, nous avions rencontré le jeune philosophe et théologien italien, Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), dont l’entreprise philosophique et théologique visait à concilier le Platonisme à l’Aristotélisme, le Thomisme au Scotisme, dans une unité transcendantale divine. Sa nouveauté résidait en outre dans un déplacement majeur et irréversible qui allait marquer à jamais la pensée occidentale dans ce qui deviendra « l’Humanisme » de la Renaissance. Avec ce jeune penseur, nous quittons résolument le théocentrisme médiéval en faveur d’un anthropocentrisme qui façonne aujourd’hui encore nos modes de penser. Fondé sur le libre arbitre de l’homme dont l’essence est d’être toute chose, un indéterminé ontologique, l’homme peut par sa seule volonté, ou décision personnelle, s’autodéterminer par l’orientation et le choix de sa propre destinée. Mais alors que la pensée théologico-métaphysique est toujours au fondement de la construction du savoir, les philosophies du XVIIème siècle auront ceci en commun qu’elles seront « unies presque toutes par la conscience de devoir chercher et fonder (…) une nouvelle méthode qui fournisse un instrument approprié pour la destruction de la méthode et de l’orbis aristotéliciens. »1 L’origine de cette volonté est sans conteste à chercher du côté des découvertes médicales, chimiques et astronomiques qui préparent l’avènement de la révolution scientifique en problématisant radicalement les certitudes anciennes. Mais c’est chez Francis Bacon (1561-1626), philosophe anglais, que nous rencontrons une volonté aboutie de purgation des connaissances précédentes, grevées d’abstraction et de dogmatisme, par une vérification expérimentale des donnés de la nature. Bacon n’aura de cesse de réhabiliter cette connaissance, contre les théologiens qui y voyaient la résurgence du péché originel, celui d’un savoir qui enfle et nous coupe de Dieu, affirmant qu’il s’agit là d’une Volonté divine, ne s’opposant en rien à la foi révélée2. Le progrès du savoir se fait alors promotion d’une nouvelle méthode pour la connaissance de la Nature, celle des sciences expérimentales, qui n’exclue en rien le discours théologique. Il s’agit en définitive, dans le chef de Bacon, de délimiter les domaines de connaissance sans les opposer, mais en visant une collaboration, ou une écoute réciproque et respectueuse, dans la construction d’un savoir global.

Lire la suite...